Autoédition, êtes-vous prêts ?

Vous doutez de votre droit à publier ?

                L’édité - vous en êtes certain -  s’est entendu glisser à l’oreille le plus grand des compliments : il est viable. Vous, en revanche, qui vous êtes trémoussés sur les paillassons des maisons d’édition des mois durant, avez dû vous contenter d’un courrier - dans le meilleur des cas -  qui vous indique que viable, vous ne l’êtes pas. Si vous pensez que telle est votre situation et si vous avez envie de poser des bombes dans les maisons d’édition traditionnelles, vous êtes un immature absolu, comme je le fus avec vigueur en mon temps - qui devrait laisser tomber jusqu’à l’idée même de s’autoéditer.

                Je devrais m’abstenir de grossir à ce point le trait... Ce n’est pas un drame qu’une maison ne veuille pas de vos textes.  Après tout, elle est chez elle, elle fait ce qu’elle veut. Et si elle vous dit que ce texte ne lui convient pas ou qu’il ne rentre pas dans sa fameuse ligne éditoriale, croyez-la. Pour quelle raison et de quel droit faudrait-il aller casser la gueule de l’éditeur qui a mis 6 mois pour vous dire non ? Sincèrement, vous n’étiez pas au courant ? C’est le jeu.

                 Je pense qu’une fois que l’auteur a compris qu’il est seul à idéaliser les tours d’ivoire, tout va déjà un peu mieux. Chers auteurs en quête d’éditeurs, arrêter de chercher pour de mauvaises raisons.  Votre heure viendra, et le fait d’être édité par tel ou tel ou par vous-mêmes n’est finalement pas si important. J’ai la nette impression que l’essentiel est l’envie de partage. Avez-vous vraiment envie de partager ? Alors, écrivez et publiez. Un rédacteur de blog ne fait-il pas de l’autoédition au quotidien ? Un prof devant ses élèves ne fait-il pas de l’autoédition tous les jours ? Il prend des risques, certes. Mais avant tout il a envie de partager.

Vous n’y connaissez rien ? Voici quelques pistes pour accélérer votre apprentissage.

                Prenons exemple sur un gros naïf qui vous a précédé. Comme moi. Je passe sur le fait que moi aussi je possède ma petite pile de lettres de refus. Bref, il sait de quoi il cause, il a testé. Non, l’aventure commence une fois la décision prise de publier pour partager. Et puisque cela doit se faire sans maison, ce n’est pas bien grave, allons-y autrement. J’ai donc démarré ma belle carrière en publiant d’abord un roman au format numérique chez Amazon (oh putain il l’a dit !). À ce stade tout allait bien. Quelques lecteurs achetaient le livre et laissaient des commentaires les plus sincères possible sur la plateforme.
Je me suis dit que pour élargir un peu tout ça j’allais gentiment faire un peu de promos chez les libraires du coin, puisqu’il fallait se prendre en charge soi-même. Ni une ni deux, j’ai fait tirer quelques flyers que j’allais distribuer gaiement.

                Je me suis donc tout naturellement pointé chez ma libraire habituelle, dans un village qui porte un doux nom qui rime avec désastre, mais c’est un détail n’est-ce pas. Eh ben qu’est-ce que j’ai ramassé ! Quand ses yeux sont tombés sur le logo d’Amazon, j’en ai pris plein la gueule. Que j’étais en plein génocide de libraires, que j’écrasais les droits des ouvriers et tout ce genre de trucs dont j’étais naturellement familier et qui occupaient mes journées. Résultat, un bon 1/4 d’heure de morale plus tard, j’ai indiqué à ma libraire, que je ne soupçonnais pas d’être de la police des mœurs culturelle, que c’était du coup une raison de plus de me démerder. Voir comment dans le même élan délirant étaient défendus le fisc Français, les maisons d’édition traditionnelles qui ont seuls droits de vie ou de mort dans les librairies, a provoqué une sacrée mise à jour de l’image des libraires. Bref. Quelque temps après je me suis dit que quand même, ce n’est pas possible, je suis juste tombé sur une dingue. Et le naïf en chef reprit la route en souriant pour pousser la porte d’une nouvelle librairie. Celle-ci située dans une charmante petite ville au doux nom de Romans sur quelque chose. Ça commençait plutôt bien, me dis-je… je dégaine mon flyer avec un grand sourire sans penser que le logo du ricain allait lui sauter à la figure. Eh ben bordel, la réception… ! Le type s’est jeté sur une boite qui débordait de pin’s, qui faisaient dire à leur porteur qu’il payait fièrement ses impôts en France, pour m’en donner un. Bien entendu pas un mot sur le contenu du roman, son style délicieux, le tout réalisé par un auteur humaniste qui en a laissé du pognon dans les librairies… Après un échange quelque peu musclé (faut pas déconner non plus), j’ai pris congé en lui souhaitant au minimum une maladie tropicale et un contrôle fiscal carabiné.


Quelque chose, vous l’aurez compris, n’allait pas dans ma communication.

                Je me suis dit : m’enfin, ce n’est pas parce que t’as déniché deux cons fiscalement fachos sur les bords et loin des préoccupations littéraires qu’ils sont tous comme ça. Tu les aimes bien quand même les libraires. J’ai bien vite compris qu’avec mes petits bras je n’allais pas pouvoir régler le « problème Amazon/reste du monde » dans un délai raisonnable. J’ai donc changé un peu tout ça en aggravant mon cas. Bien entendu, une grande partie de mes emmerdements étaient directement de la faute de mes lecteurs. Qu’avaient-ils aussi à râler sans cesse qu’il n’existait aucune version papier de mon roman…Rien de plus simple. Avec mon discernement habituel, j’ai pesé le pour et le contre et j’ai tombé un boulot incroyable pour préparer un beau fichier, une belle couverture, un encore plus joli résumé pour la quatrième de couverture. Bien entendu, j’ai confié la fabrication à l’artisan du coin. Mes livres magnifiques allaient être imprimés outre-Atlantique par un dénommé Amazon, encore lui. Je vous le dis, quand on est con… Une fois ce travail réalisé, les lecteurs (on devrait vraiment pouvoir s’en passer) ont manifesté leur mécontentement de devoir acheter mon chouette roman, qui racontait comment une jeune nénette blonde au strabisme prononcé allait gouverner le pays, à une multinationale américaine qui bouffait des libraires. Retour à la case départ. Le libraire est un être charmant, qui mérite de l’attention et qui déclare au fisc le moindre petit crayon qu’il vend dans sa boutique. Boutique d’ailleurs tout ce qu’il y a  de plus indépendant soit dit en passant. Il n’y a qu’à constater que la majeure partie des ouvrages qu’ils ont en vitrine sont vendus chez le gros ricain. Étrange que les maisons d’éditions françaises qui fournissent les libraires malnutris contribuent à leur sécheresse d’âme en les court-circuitant sur internet…quelqu’un m’expliquera un jour, mais vous êtes avertis, il m’arrive d’être un peu limité.

                Une fois de plus, le constat s’imposait : j’aimais bien les libraires quand même. Surtout si ceux-ci se trouvaient finalement le cul entre plein de chaises. Je pris donc la décision d’arrêter d’énerver le monde entier avec mes histoires d’Amazon. Franchement, personnellement je m’en foutais un peu, mais j’en avais plus que marre de répondre à des questions inutiles qui pourtant doivent se poser. Bon sang, je voulais juste publier un texte. Bien, il fallait tout remettre à plat. D’autant qu’allait arriver un second roman et il était hors de question de recommencer tout ce bazar.
Première décision, cesser de faire n’importe quoi, c'est-à-dire de tout faire. Chacun son talent.
J’ai donc tout repris. J’ai confié la couverture à une illustratrice et j’allais me trouver un autre prestataire pour la distribution. Sans entrer dans les détails du comment j’ai trouvé, il est plus intéressant de savoir ce que je cherchais. C'est-à-dire tout ce qu’un auteur contemporain, prêt à l’auto publication, devrait exiger. Cela peut se résumer ainsi : ne s’occuper de rien, ou presque, sauf écrire bien entendu. Pour cela il faut : Une illustratrice tellement gentille qu’elle ne travaillera que pour moi. Une correctrice pro, ancienne éditrice et libraire. Des grands lecteurs. Quelques universitaires (chercheur, profs agrégés de lettres, documentaliste…).Des avis d’inconnus (des critiques, des vrais !) Un prestataire presque gratuit qui doit avoir les qualités suivantes : Impression de grande qualité. Délais raisonnables. Distribution et indexation des ouvrages partout (librairies Indépendantes, grandes librairies, toutes les plateformes internet, à l’étranger…)Gestion des retours d’ouvrage en librairie. Travail main dans la main avec la SODIS. Garantie de marge correcte pour l’auteur qui doit pouvoir fixer son prix de vente. Tableau de vente mis à jour quotidiennement. Contacts faciles, rapides et en Français par mail ou téléphone. Et d’autres choses comme ça dont on ne peut que rêver, n’est-ce pas. Eh bien cette boite existe et cocorico, elle est Allemande. Ouf, quelle liste.

                Tout cela ne s’est pas fait en deux jours. Fini Amazon (même si mes romans peuvent aujourd’hui être achetés chez eux aussi, ce n’est plus exclusif).J’ai changé d’époque, il faut le dire. Les lecteurs me demandent où ils peuvent acheter les romans. Mais où tu veux chérie, libraire, Cultura, Fnac, Decitre, où tu veux. Et le libraire qui me reçoit comme si je m’étais fait tatouer Gallimard sur le front. Il touche ses sous, il peut se concentrer sur les textes, les conseiller à ses clients, les renvoyer s’ils ne sont pas vendus.

Tout va bien, ou presque.

                Il reste encore quelques dinosaures qui ne comprennent pas quelle est la subtilité invoquée par les termes « impression à la demande ». Mais nous y reviendrons peut-être dans un autre mot. Encore que je ne vais pas passer mon temps à causer de la machinerie. Il fallait que tout cela soit dit. Je suis content de transmettre ces quelques tuyaux à ceux qui se lancent.
Et vous, racontez-nous donc votre aventure. Ah oui j’oubliais, cette boîte, c’est BOD (et je les salue bien !)
https://www.bod.fr/

 

Commentaires   

0 #1 RE: Autoédition, êtes-vous prêts ?Isabelle Cêtre-Langonet 12-11-2017 17:11
1. C'est drôle. 2. D'autant qu'on s'y croirait ; je crains de m'être reconnue dans mes vies antérieures (qu'est-ce que j'aurais pris...). 3. Et c'est juste : contrairement à ce que j'ai pu penser (dans les vies susnommées), l'autoédition n'est ni une tare ni un crime. J'en ai la preuve tous les jours,et j'en suis plus convaincue encore depuis que j'ai eu la chance de rencontrer Marcus. Merci pour ce moment, pour de vrai.
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