Les métiers de l’écrivain chômeur : savoirdequoionlogue

mars 2019

Soudain une poussière.
Non l’une de ces populaires poussières d’étoiles. Pas échappée non plus de mon aspirateur (meilleur ami de l’homme après le chien), sur lequel je veille. Plutôt l’idée d’une poussière que je venais d’avaler.

Après le quatrième jour de toux continue et le passage d’une station debout tonique à l’avachissement, l’idée de la poussière avalée s’était envolée. Un nom bien connu apparut sur l’éphéméride des éruptions corporelles, la bronchite. Une comme je sais les fabriquer. Bruyante, à peine humide au début, qui prend son temps.

Contrairement à un déménagement normal, qui fait que le remue-ménage cesse une fois tout le monde installé, ce n’est qu’une fois franchement locataire des lieux que la bronchite produit des bruits de meubles qui bougent.

Ma nature conciliante et bien informée me conduisit chez le médecin. Après un bonjour docteur toussant et l’investigation de tous les orifices à portée de main, je me vis prescrire une bonne intention médicale et de la patience pour une semaine. Vingt minutes plus tard j’étais chez moi, écoutant les meubles dans mes bronches se jeter les uns sur les autres. Mes premières visites chez le médecin se soldent toujours par une constatation d’optimisme déluré quant à mon état. J’allais m’en sortir tout seul.

Inversement proportionnel à mon moral, le taux d’humidité dans mes bronches augmentait. Mon état, peu à peu qualifiable d’anormal, suggérait une autre visite chez le savant. Les meubles avaient migré et tentaient comme ils le pouvaient de se jeter à l’air libre. Seulement, sans un petit coup de pouce, impossible.

Petit, j’entretenais des rapports tendus avec les bronchites qui finissaient tôt ou tard par attirer à elles des sirops douteux au goût de poissons de grands fonds. Peu importe, j’attendais donc une petite fiole de quelque chose de ma nouvelle visite.

Mon médecin, d’habitude bien élevé, était plein de seins et de cheveux, c’était sa remplaçante. Charmante, elle me réduit sans délai à la position couchée, une oreille sur le trafic de meubles.
— Vous êtes en bonne santé.
J’osai à peine mimer une petite déception.
— Mais je tousse.. !?
Un peu vexée que j’attire son attention sur le seul morceau de l’homme en bonne santé digne d’intérêt à mes yeux, elle se projeta derrière son bureau et prit un air étrange. Son regard médical me dominait. Ses sourcils se replièrent sur sa lèvre supérieure et, à peine tendue, elle pianota une ordonnance. S’interrompant, me scrutant encore, passant un temps infini sur les pages du site de la sécurité sociale, je me trouvais de plus en plus malade. Soudain l’imprimante vomit avec fracas mon papier sur le bureau. Il disait froidement cortisone et antibiotiques.

Il est de coutume de ressortir de chez le médecin avec un petit quelque chose de plus, un truc qui n’existait pas avant. Je n’allais pas être déçu.
— Et mon sirop ?
Je ressentais de la peine à devoir me trouver insistant et me montrer ingrat en réclamant, pour les meubles et leur problème de sortie, un procédé qui me permit de les envoyer ex pectora. Un fluidifiant, peut-être.

J’eus droit à ce qui m’amène à présent à déclarer que la médecine m’ouvrit les yeux sur un événement à côté duquel j’étais passé.
— Non monsieur, cela ne se fait plus, la science (ses yeux disaient tenez-vous bien) à progressé !
J’imaginais immédiatement une horde de blouses blanches penchée sur mes sachets de fluidifiant. Et la science qui avance. Des montagnes de science au chevet du problème qui m’occupe. Une joie.

Après avoir glissé toutes les cartes dans tous les lecteurs, elle me fit comprendre qu’on ne serre pas la main d’un bronchique exigeant et je me retrouvais debout sur le trottoir, contraint et forcé de risquer ma vie en traversant la route jusqu’à mon dernier espoir, la pharmacie.

La lourdeur de mon ordonnance laissait entrevoir ma dernière heure venue. C’est ainsi que j’arrivai devant le petit guichet et le monsieur qui va avec. Faible, je cherchai ses yeux en lui tendant lâchement le document. Là, comme Lazare qui entre dans une pharmacie, un souffle de vie nouveau m’atteint. J’avais sous les yeux une bonne trentaine de boites de fluidifiant de trois couleurs différentes. Je n’y tenais plus, je m’approchais de l’homme et me souciai de savoir si lui aussi avait entendu dire que la science avait progressé. Nous en eûmes pour vingt minutes et une queue qui se trainait derrière moi jusqu’à la boulangerie. Je serrai fraternellement la main du héros, résistant aux sirènes des pages du site de la sécurité sociale et seul artisan de ma guérison à venir.

Encore vingt minutes plus tard j’étais chez moi, sans le moindre petit sachet de mon précieux fluidifiant. Les meubles entretemps avaient fait beaucoup de petits. Des championnats de saut en hauteur étaient organisés. Mais aucun ne parvint à sortir. Je me remplissais comme une baignoire.

Après avoir longtemps médité l’idée de pirater le site de la sécurité sociale pour qu’il me conseille un petit sirop, j’abandonnai la piste pour me rendre une semaine plus tard dans une autre pharmacie. Là-bas, l’une de mes pharmaciennes préférées retenait ses larmes à mon récit des joutes scientifiques qui progressent sur d’autres territoires de la recherche.

C’est alors qu’elle me tendit une sublime boite orange de petits sachets qu’apparut la réponse à la question « mais toute cette science qui progresse, où va-t-elle donc ? »
Ici, assurément, dans ce petit cœur de pharmacienne.
C’est ainsi, reconnaitre un besoin simple, voilà le génie.

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