Les métiers de l’écrivain chômeur – la nouvelleologie

02 02 2019

De toute l’infinie variété de choses qui ne changent pas, il y a ce moment qui vous fait dire que vous venez de passer de la bouffe chez des potes au diner entre amis.

Madame, la  – nouvelle –  copine va faire visiter l’appartement.            
(Il faudrait poser plusieurs jours pour pareille entreprise dans une maison de campagne)

Si vous y êtes avec votre compagne, vous pouvez être certain qu’à peine l’invitation lancée, elle se propulsera sur ses jambes pour emboiter le pas de la – nouvelle – copine du pote.
Celui-ci se surprenant de penser que «  elle va  vraiment faire visiter mon appart ».

En général cela démarre, alors que pas la moindre porte n’a encore été ouverte, par une injonction intenable ; surtout, ne faites pas attention.     
C’est une sorte de « viens ici dégage » qui situe bien le phénomène qui veut qu’une personne montre sans conviction quelque chose à une autre personne qui s’en fout.

Nul besoin d’expliciter que la visite du terrier se fait dans le seul but de clarifier, si besoin était, que c’est à présent le terrier de la – nouvelle – copine, aussi.

Notons que la première porte n’est toujours pas ouverte.

La misère scénaristique mondiale veut qu’une fois ces deux dames sur le point de laisser échapper le premier gloussement qui inaugure une longue liste de ravissements, la vôtre vous interpelle comme si la randonnée avait été prévue de longue date ; « bon tu viens ? »              
Vous, désespérant de l’absence notoire d’évènement qui pourrait vous sauver et s’opposer au cours féminin normal des choses, n’osez pas croiser le regard du copain – qui se découvre pour l’occasion la faculté de trouver sa – nouvelle – copine chiante (découverte inéluctable mais somme toute prématurée dans un idéal de couple à peine entamé).    
Celui-ci répond alors que ;  « j’arrive chérie », d’une voix tout ce qu’il y a de plus débile et évite par soucis de réciprocité de croiser votre regard qui agirait comme un bouton sur le déclenchement d’une hilarité bruyante et fatale à votre amitié.                
« Mais on n’a pas rangé », fut tout ce que le mâle put meugler pour espérer rester sur sa chaise.
« Tu n’as pas rangé », avec un tu majuscule.

Regards de filles, gloussements pour elles, raclement de gorge ou sifflement guttural  pour vous. Débute enfin, conduits par la laisse affective, la déambulation.

Ravies de s’attarder sur un détail, une faïence peinte par la – nouvelle – copine, une lampe de chevet plus ou moins marocaine et la double vasque à aspiration dynamique, le mâle des lieux, privé de tout éloge possible quant à son propre sens artistique, vous raconte les derniers travaux entrepris en la demeure.

Estimez-vous heureux si telle débâcle de fierté se produit après le repas plutôt qu’avant. Cela pourra mécaniquement  vous rapprocher de la porte de sortie et la fameuse touche finale dont je ne tarderai pas de dire un mot.

Passé l’apéritif, qui n’eut pour seule fonction de discourir que de ce que chacun sait déjà pour trouver une apaisante raison d’être là, arrivé au splendide » alors qu’est-ce que tu fais dans la vie » à la – nouvelle – copine pour en tirer la possibilité de la ranger correctement dans la CSP adéquate, vous aurez eu droit aux dernières acquisitions de BD et livres d’occasion qui présagent, sans que cela ne fasse appel à aucun talent visionnaire, au récit interminable du dernier film vu en amoureux la veille.

La prudence dicte que le repas soit pris en vitesse et en silence pour garder des réserves d’échanges civilisés pour le temps qui sépare le « je t’aide à débarrasser non c’est rien je m’en occupe » et le dessert qui offre la joviale occasion de se remplir à nouveau la bouche, de louer les talents de la – nouvelle – copine une fois de plus le cœur sur la main, avant de se saisir de la clé de la voiture qui deviendra le temps des 10 premières minutes du trajet de retour le lieu ou se soupèse le degré de survie possible (en semaines) de la – nouvelle – acquisition du copain.

Reste à pouvoir sortir alors que les joues se tendent, les mains se serrent et qu’enfin quelqu’un dise ; « merci c’était très bien », gardant pour lui une première déclaration sur les ballonnements spontanés qui ne seront évoqués qu’une fois à l’abri de la voiture..

Peut-être sur la dernière marche, peut-être aurez-vous déjà la portière dans la main, la – nouvelle – copine enserrera son homme pour déclarer à quel point ses amis sont fantastiques. Cela vous projettera, tels des cochons d’inde, dans un statut de bêtes mignonnes à caresser et coupera son sifflet à votre vieux copain plutôt branché rots et blagues de cul tandis qu’il réalise que vous partez et que lui reste.

En général c’est votre femme qui portera la cerise sur le gâteau en promettant que la prochaine fois ce sera chez vous.                
Ne vous reste, pour ce grand jour, qu’à mettre de l’ordre dans la chaumière et cesser de vous foutre de la gueule de votre pote dont l’heure viendra de vous rendre la monnaie de votre pièce. .

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